Alors que l'exposition Des cheveux et des poils se terminait à la dernière rentrée, le Musée des Arts décoratifs poursuit son exploration - infinie et inspirante - de la mode et de la représentation du corps au travers d'un hommage sublime destiné à Iris van Herpen. Pionnière de l'innovation, la créatrice fusionne mode, art et sciences comme personne, livrant un univers fascinant à qui ose s'y confronter.
Orchestrée dans les galeries de la mode Christine & Stephen A. Schwarzman du musée, l'exposition Iris van Herpen : Sculpting the Senses retrace, au gré d'un parcours thématique, le fil d'une mode plurielle et intuitive. Ouverte autant aux savoir-faire traditionnels qu'à l'usage des nouvelles technologie, l'approche d'Iris van Herpen se démarque très tôt dans sa discipline. Après avoir fondé sa maison en 2007, la créatrice formée auprès d'Alexander McQueen prend son envol. En 2010, elle marque les esprits en même temps que l'histoire de la mode lorsqu’elle présente sa première robe imprimée en 3D issue de la collection Crystallization. Une pièce iconique qui remet totalement en question les typologies traditionnelles du vêtement, signe que dépasser les normes n'effraie guère Iris van Herpen, pas plus qu'ouvrir une voie nouvelle dans le monde de la haute couture. “Ce fut un moment très important de ma carrière”, se souvient la créatrice. “J'ai vu les limites de la mode traditionnelle, et j'ai voulu les dépasser. J'étais alors très inspirée par les éléments qui m'entouraient, tel que le mouvement naturel de l'eau, mais je voyais que le fil et l'aiguille ne pouvaient pas me permettre de rendre compte de toute la complexité de ces sensations. C'est pourquoi j'ai commencé à penser à d'autres manières de concevoir le vêtement, en prenant en compte les nouvelles technologies. Depuis, ma boîte à outils s'est grandement élargie. J'ai découvert un nouveau langage avec lequel m'exprimer.”
© Tim Walker
© Luigi et Iango
Née en 1984, Iris van Herpen grandit dans le village néerlandais de Wamel. “Mon premier souvenir mode est lié à ma grand-mère. Elle adorait l'art et les vêtements, alors comme elle, je me suis mise à aimer ça. Quand j'étais petite, je m'amusais à me parer de ses costumes, à m'imaginer dans des robes de mariée… Je n'en avais pas forcément conscience à l'époque, mais je pense que c'est de là que me vient l'envie d'incarner. J'aime la force que le vêtement peut apporter”, nous confie-t-elle à propos de son enfance. C'est avec cette même passion qu'elle imagine ses collections aujourd'hui, depuis son atelier à Amsterdam où les baies vitrées sont suffisamment grandes pour laisser entrer toute la lumière extérieure ainsi que le reflet de la rivière, qui coule à deux pas. Au regard de l'exposition, on comprend toutefois que la poésie de la nature fait autant appel à la nostalgie qu'à la projection dans l'esprit d'Iris van Herpen. Consciente des problématiques de son temps, la créatrice favorise depuis ces dernières années des méthodes de fabrication alternatives et responsables, en témoignent certaines de ses réalisations faites à partir de plastique recyclé ou de fèves de cacao imprimées en 3D.
Célébrant son approche unique, la rétrospective se déroule autour de neuf thématiques : elle commence par l'eau et les origines du vivant, omniprésents dans l’œuvre de la créatrice, et se poursuit avec le motif du squelette. À ce sujet, Iris van Herpen explique : “Le squelette fait évidemment appel à la structure matérielle de notre corps, mais elle évoque également le vivant dans son ensemble. Aussi, je voulais représenter le sentiment de sentir la physicalité de son corps. C'est quelque chose de très puissant, comme si on prenait conscience de toutes les cellules qui nous composent.” Le visiteur est ensuite invité à sortir de la dimension physique du corps pour explorer le monde du sensoriel et des rêves. “La synesthésie influence énormément mon travail. Lorsqu'on grandit, nos sens ont tendance à se diviser par rapport au moment de notre naissance, où ils sont encore connectés les uns aux autres. On entend, on voit, on goûte… Toutes ces expériences font appel à des sens distincts. Mais certaines personnes, dont je fais partie, ont encore cette connexion primaire aux choses. Lorsque j'écoute une musique par exemple, je peux voir des textures, tandis que d'autres personnes voient plutôt des couleurs. La sensibilité est décuplée.” développe Iris van Herpen. “J'essaye d'amener cette approche à mon travail : en conjuguant les textures, les découpes et les couleurs, je veux que chaque sens soit interpellé.” L'exposition s'achève dans un ultime tableau où l'on prend toute la mesure des influences fantastiques - mysticisme, alchimie et allégories - dans le processus créatif foisonnant d'Iris van Herpen, qui se plaît à réinventer les diverses mutations de notre monde.
Le parcours de l'exposition Iris van Herpen : Sculpting the Senses présente une sélection de plus de 100 pièces de haute couture confectionnées par la créatrice de mode, dialoguant avec des œuvres d’art contemporain, telles que celles de Philip Beesley, du Collectif Mé, Wim Delvoye, Rogan Brown, Kate MccGwire, Damien Jalet, Kohei Nawa, Casey Curran, Jacques Rougerie, ainsi que des créations de design de Neri Oxman, Ren Ri, Ferruccio Laviani et Tomáš Libertíny. Quelques pièces provenant des sciences naturelles viennent également se greffer à ce décor merveilleux : des coraux ou des fossiles entourent les collections, apportant une résonance unique à ces pièces historiques.
De plus, trois espaces singuliers viennent compléter cette expérience esthétique, à commencer par un aperçu de l'atelier d'Iris van Herpen. Véritable plongée dans les prémices de ses silhouettes, une myriade de matériaux, de formes et de pigments chromatiques recouvre les murs de cette salle, située à l'étage. Broderies, plissés délicats, moulages en silicone, textures cinétiques, accumulation de dessins découpés au laser… Tout y passe, et c'est assez incroyable. Quelques mètres plus loin, on entre dans une sorte de cabinet de curiosité, où l'on prend le temps et le plaisir d'observer de près les accessoires phare de la créatrice (chaussures, masques et éléments de coiffures) ainsi que les différents éléments l'ayant inspirée (le vieil exemplaire des Métamorphoses d'Ovide dissimulé sur l'une des étagères, notamment). Enfin, des vidéos d'archives de ses défilés finissent d'illustrer cette rétrospective dédiée à la mode hybride d'Iris van Herpen. Un voyage immersif, dont on ressort transformé.e.
Iris van Herpen : Sculpting the Senses, une exposition à découvrir dès maintenant et jusqu'au 28 avril 2024, du mardi au dimanche, au Musée des Arts Décoratifs, au 107 rue de Rivoli, 75001, Paris. Retrouvez plus d'informations sur la rétrospective ainsi que l'accès à la billetterie sur le site du MadParis.fr.
Source : https://lesmanuelslibres.region-academique-idf.frTélécharger le manuel : https://forge.apps.education.fr/drane-ile-de-france/les-manuels-libres/arts-appliques-et-cultures-artistiques ou directement le fichier ZIPSous réserve des droits de propriété intellectuelle de tiers, les contenus de ce site sont proposés dans le cadre du droit Français sous licence CC BY-NC-SA 4.0 